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  • Isa Padovani

Quand mon coeur se brise


Chaque jour mon cœur se brise,

plus ou moins longtemps, plus ou moins fort, la douleur générée étant plus ou moins intense.

Mon cœur se brise lorsque je vois un être souffrir sans avoir les moyens d'accueillir sa réalité ou de la transformer.

Mon cœur se brise lorsque j'entends un enfant de 10 ans répéter les propos racistes qu'il a entendu de ses parents, en n'ayant pas conscience que ses mots peuvent créer de la violence pour les personnes dont elle parle.

Mon cœur se brise lorsque je vois des êtres se parler sans être reliés à leur cœur, se parler de tête à tête, sans aucune douceur, laissant grandir entre eux, mépris, haine et rancœur.

Mon cœur se brise lorsque l'autre n'a pas l'élan ou les moyens de recevoir le précieux que j'essaie de lui partager, lorsque je vois que ce dernier pourrait contribuer pour lui. Douleur de l'impuissance, tristesse de ne pouvoir contribuer...

Mon cœur se brise lorsque je vois les conséquences du conditionnement, de l'identification, pour un grand nombre d'êtres humains : souffrance de la séparation, souffrance du manque, souffrance de la quête d'amour...

Quand mon cœur se brise, j'ai mal, mais je ne souffre pas : la souffrance naît du refus de ce qui est, or je choisis de laisser mon cœur se briser chaque jour, car c'est la seule façon que je connaisse de le garder ouvert sans le blinder d'une couche protectrice, ou me reculer dans un arrière-plan aux vertus anesthésiantes qui ne me permettrait plus d'être en lien de cœur à cœur avec chaque être.

Il y a une vingtaine d'années, je cheminais dans une voie de chevalerie spirituelle et j'y ai souvent entendu la phrase "Que l'Amour soit ton Bouclier !" J'ai mis trente ans à découvrir le sens profond de cette phrase : ne chercher à mettre aucun bouclier devant son cœur pour se préserver, mais choisir consciemment de le garder ouvert, en sachant qu'il sera chaque jour brisé.

Garder son cœur ouvert, accepter qu'il soit brisé, ne signifie pas rester volontairement sans rien faire, sans rien chercher à changer dans des situations, dans des relations qui nous brisent le cœur : en pareilles circonstances, il est bien sûr avisé de se préserver en exprimant nos limites, voire en mettant un terme à des relations qui sont toxiques pour nous.

Garder son cœur ouvert signifie simplement ne pas chercher, en amont, à se préserver en fermant son cœur, mais ne présume en rien de l'action concrète que nous poserons : je peux te dire "stop", je peux te dire "non", je peux te dire "adieu", en te gardant mon cœur ouvert. Je peux faire le choix de plus être en relation avec un être qui me traite d'une façon qui ne contribue pas à nourrir mes besoins, à vivre mes aspirations, sans avoir de lui pour autant une image d'ennemi...

Parfois, je constate que je suis à ma limite, que je suis sur le point de fermer mon cœur : je m'en rends compte car ma tristesse est en train de se changer en colère, en rejet, s'exprimant sous forme de jugements sur l'autre. Lorsque je me vois arriver à ce seuil, j'ai un choix : nourrir la violence du monde en continuant à alimenter des jugements ou prendre soin de mon cœur afin qu'il puisse rester ouvert.

Pour ce faire, j'ai trois moyens favoris, que j'utilise dans l'ordre, selon les moyens dont je dispose :

1) tourner mon attention vers l'espace que je suis et accueillir dans cette vastitude bienveillante la part de l'Enfant-Moi qui a mal, en cet instant

2) utiliser le processus de la Communication Nonviolente pour traduire mes jugements sur l'autre en besoins non nourris chez moi, être en empathie avec ce que cela me fait, et voir quelle action concrète je peux poser pour prendre soin de moi. Puis, lorsque je goûte davantage de paix, me relier à l'autre pour tenter de découvrir quels besoins il cherchait à nourrir en agissant comme il l'a fait : lorsque j'arrive à faire cela, je me sens à nouveau en lien avec lui, ce qui ne veut pas dire que je valide ou accepte sa façon de se comporter, mais que toute image d'ennemi a disparu de mon esprit et que mon cœur lui reste ouvert, même si je me positionne avec clarté pour me préserver, dans la relation.

3) écouter une musique qui m'emplit le cœur de joie, dont la Beauté me permet de goûter l'Unité que nous sommes. Lorsque je fais cela, j'observe à chaque fois combien colère, rancœur, tristesse s'envolent au fil de la musique qui m'emporte, car il ne m'est pas possible de chanter en gardant mon cœur fermé... Lorsque je chante, mon cœur s'ouvre, et bientôt, c'est mon cœur qui chante...

Je fais le vœu que ce petit texte contribue à vous permettre de garder davantage votre cœur ouvert, non pas parce que "c'est bien", non pas parce que c'est "spirituellement correct", mais parce que lorsque notre cœur se ferme, nous perdons notre organe de perception de l'Unité que nous sommes, ce qui est la plus grande douleur qu'un être humain puisse ressentir.


Puisse ce texte vous aider également

à vous souvenir que

c'est en se reliant à l'espace

du coeur infini de la Présence,

(jamais affecté par ce qu'il perçoit,

mais profondément touché

par ce à quoi il se relie)

que nous pouvons être prêt

à ce que notre coeur d'humain

se brise quotidiennement,

parce que nous choisissons

de le garder ouvert...


Isabelle Padovani

17 juin 2019


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Si vous souhaitez découvrir comment garder votre coeur ouvert tout en ayant les moyens de prendre soin de vous quand il se brise, j'ai dédié un Module du Club CNV à cela : cliquez sur l'image ci-dessous pour en découvrir le contenu.




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